Malgré un cimetière de bonnes intentions au sujet de device IA, les géants de la tech n’ont visiblement pas dit leur dernier mot. OpenAI, en tandem avec le légendaire designer Jony Ive, planche sur un device IA sans écran dont le concept commence enfin à se dessiner. Sauf que la date de livraison, elle, recule. Un document juridique récent repousse l’arrivée chez les clients à fin février 2027. De quoi patienter… ou s’inquiéter ?
Sweetpea : un nom de code qui cache un objet encore flou
C’est le nom qui circule dans les coulisses de la Silicon Valley : « Sweetpea ».
Derrière ce surnom fleuri se cache le tout premier produit hardware d’OpenAI, conçu en collaboration avec Jony Ive — l’homme qui a dessiné l’iPod, l’iPhone et à peu près tout ce qui a rendu Apple iconique.
OpenAI a racheté sa startup iO pour la coquette somme de 6,5 milliards de dollars en mai 2025. Le message était clair, l’IA ne resterait pas confinée dans une application. Elle allait prendre corps. Mais quel corps, exactement ?
Les fuites se contredisent allègrement. Certaines sources évoquent un wearable IA qui se clipserait derrière l’oreille, façon écouteur discret. D’autres parlent d’un objet en forme de stylo, nom de code « Gumdrop ». Et un document juridique récent précise que le prototype n’est « ni un appareil intra-auriculaire, ni un wearable ». Autrement dit, même OpenAI semble encore explorer plusieurs pistes.
Le calendrier dérape (un peu)
L’annonce initiale promettait un dévoilement au second semestre 2026. Chris Lehane, responsable des affaires publiques d’OpenAI, l’avait confirmé à Davos en janvier.
Sam Altman, lui, décrivait un objet « plus paisible et calme qu’un smartphone », si simple que les utilisateurs en seraient « choqués ».
Sauf qu’un récent dépôt juridique — dans le cadre d’un litige autour de la marque « iO » — a douché les attentes. Le device IA d’OpenAI ne sera pas livré aux clients avant fin février 2027. Pas de packaging, pas de matériaux marketing prêts. Et la marque « iO » a été abandonnée pour le naming du produit. Bref, on est encore loin du rayon des magasins. Pour autant, il serait imprudent de parler d’échec. Les contours industriels se précisent : Foxconn assurerait la fabrication avec un objectif initial ahurissant de 40 à 50 millions d’unités. Un chiffre qui place directement ce gadget connecté IA en concurrence frontale avec les AirPods d’Apple, qui s’écoulent à plus de 60 millions de paires par an.
Un objet « anti-smartphone » pensé pour la voix et le contexte
Ce qui distingue fondamentalement le projet d’OpenAI des défunts Humane et Rabbit, c’est la philosophie. Pas d’écran, pas de projecteur palm-top, pas de petit lapin orange. L’idée, selon les bribes qui filtrent, c’est un compagnon IA vocal et contextuel.
Un objet compact (probablement de poche) bardé de capteurs environnementaux, de microphones et d’un haut-parleur, alimenté par des puces gravées en 2 nm.
Le device capterait en continu l’environnement sonore et visuel de son propriétaire pour fournir des réponses, des résumés, des traductions ou des recommandations — le tout propulsé par les modèles ChatGPT de dernière génération.
C’est la première fois qu’un acteur de cette envergure tente de créer un objet qui ne reproduit pas le smartphone mais qui s’en affranchit.
Le fantôme de Humane plane
Le spectre du Humane AI Pin n’est pas qu’un repoussoir, c’est aussi une leçon. L’échec retentissant de ce badge à 699 dollars (moins de 10 000 ventes, retours supérieurs aux commandes, boîtier de charge inflammable, serveurs coupés 10 mois après le lancement) a tracé une ligne rouge très nette.
Ce qui a tué le Humane Pin, ce n’est pas l’idée d’un wearable IA, c’est l’exécution catastrophique. Lenteur des réponses, autonomie famélique, prix exorbitant pour un gadget qui ne faisait pas mieux qu’un smartphone. OpenAI dispose d’un avantage structurel considérable : ChatGPT compte déjà près d’un milliard d’utilisateurs hebdomadaires. Le software existe, il fonctionne, les gens l’utilisent. Il ne reste « que » le hardware à réussir.
Et avec Jony Ive aux commandes du design, les moyens financiers d’OpenAI et Foxconn à la production, les ingrédients sont réunis. Reste à voir si la recette prendra.
Patience…
Ce report à 2027 n’est pas forcément un mauvais signe. Apple a mis sept ans à passer du premier concept d’iPhone au produit final. Dans un marché où chaque tentative de hardware IA s’est soldée par un flop, prendre son temps semble plutôt sage.
Le vrai test ne sera pas la date de sortie mais la réponse à une question simple : est-ce que les gens auront envie de porter (ou empocher) un objet IA au quotidien ?
Si OpenAI et Ive trouvent la réponse, ils pourraient bien ouvrir une nouvelle catégorie de produits. Dans le cas contraire, Sweetpea rejoindra le cimetière des bonnes idées mal incarnées. On parie sur quel scénario ?



