Glucose monitors, trackers d’activité, patchs ECG… Les objets connectés « de santé » fleurissent sur nos poignets comme autant de promesses d’une vie plus saine.
Or une étude de Cornell et de l’Université de Chicago vient nous rappeler une vérité qui dérange : d’ici 2050, ces appareils pourraient générer plus d’un million de tonnes de déchets électroniques. Oups !
La face cachée de nos montres bien-aimées
L’étude publiée dans Nature début janvier 2026 ne fait pas dans la demi-mesure. Les chercheurs estiment que la demande mondiale de wearables de santé pourrait exploser de 42 fois d’ici 2050, passant des 48 millions d’unités actuelles à près de 2 milliards par an.
Pour vous donner une idée, ça dépasse les ventes mondiales de smartphones (1,2 milliard en 2024). Cette montée en flèche s’accompagnerait de 100 millions de tonnes de CO2 crachées dans l’atmosphère sur la même période. Ça fait beaucoup de CO2 pour savoir si vous avez bien dormi la nuit dernière, non ?
Le vrai coupable ? Le circuit imprimé
Première surprise de l’étude : ce n’est pas le plastique le principal problème. Les chercheurs ont épluché le cycle de vie complet de quatre types d’appareils (moniteurs de glucose, ECG continus, tensiomètres et patchs échographiques) et ont découvert que le circuit imprimé flexible représente 70% de l’empreinte carbone de ces gadgets.
Plus précisément, ce sont les circuits intégrés (le « cerveau » de nos appareils) qui posent problème. Pour un simple capteur de glucose, le circuit imprimé représente 96% du bilan carbone total. La raison ? L’or. Ce métal précieux qu’on utilise pour les contacts électroniques nécessite une extraction ultra-polluante : 49 000 kg de CO2 par kilo d’or extrait, soit plus de 100 fois celui du cuivre ou de l’aluminium.
Des durées de vie ridiculement courtes
L’autre problème majeur est la courte durée de vie de ces appareils et surtout de ses consommables. Un capteur de glucose continu, comptez 14 jours avant qu’il finisse ses jours à la poubelle. Un patch ECG ? Même combat.
Le cœur du problème est bien là. Ces dispositifs médicaux jetables créent un flux constant de déchets électroniques.
Un utilisateur intensif de patchs ECG produit ainsi 886 grammes de e-déchets par an — plus que la moyenne mondiale pour les smartphones et routeurs réunis (570 grammes). Multipliez ça par plusieurs millions d’utilisateurs en 2050, et vous comprenez pourquoi les chercheurs tirent la sonnette d’alarme.
Y a-t-il des solutions ?
Heureusement, l’étude ne se contente pas de noircir le tableau. Les chercheurs proposent deux pistes prometteuses.
La première est de remplacer l’or par des métaux communs. Les ingénieurs pourraient concevoir des puces utilisant du cuivre ou de l’aluminium plutôt que de l’or. Certes, ces métaux sont moins stables mais avec une protection supplémentaire du circuit, le produit pourrait fonctionner sans sacrifier les performances. L’impact écologique serait drastiquement réduit.
La seconde serait de passer à la modularité. Imaginez des objets où vous ne changez que le capteur ou la batterie, pas toute la montre. Des boîtiers réutilisables, des pods de capteurs interchangeables, des fixations mécaniques au lieu de collages jetables… Tout ça sans compromettre l’étanchéité.
Cette approche permettrait de prolonger considérablement la durée de vie des composants les plus polluants (le circuit imprimé et la batterie) tout en offrant la flexibilité nécessaire pour upgrader les capteurs au fil des évolutions technologiques.
Le marché en 2050 : domination du glucose
Les projections sont claires : 72% du marché des wearables de santé en 2050 sera occupé par les moniteurs de glucose non invasifs, suivis des ECG continus (19%) et des tensiomètres (8%). La Chine et l’Inde représenteront à elles seules la majorité des émissions de gaz à effet de serre liées à ces dispositifs.
À noter que l’étude ne prend pas en compte les effets systémiques positifs : si ces wearables remplacent des visites médicales ou d’autres appareils plus polluants, le bilan global pourrait être meilleur. Mais les chercheurs reconnaissent qu’ils manquent encore de données pour évaluer cet aspect.
Agissons maintenant
Le message est clair : il faut repenser la conception de ces appareils dès aujourd’hui. Les petits choix de design, multipliés par quelques milliards d’unités ont des conséquences gigantesques à l’échelle planétaire.
Les fabricants comme Apple, Samsung, Garmin et consorts doivent intégrer ces considérations environnementales dès la phase de R&D, pas après coup. Batterie remplaçable, modularité des composants, utilisation de métaux communs… Ces solutions existent déjà techniquement.
Reste à savoir si l’industrie saura se réinventer avant qu’il ne soit trop tard !



