Batteries amovibles : l’UE gracie les montres connectées

Les montres connectées vont-elles nous enterrer sous une montagne de déchets électroniques ?

Changer soi-même la batterie de sa montre connectée avec un simple tournevis, comme on le faisait avec une tocante traditionnelle ?
L’Union européenne y a cru très fort, avant de faire machine arrière.

Le 14 juillet 2026, Bruxelles a adopté une exemption qui dispense les montres connectées et les bracelets de fitness de l’obligation de batterie amovible prévue pour 2027. Bonne nouvelle pour l’étanchéité de votre poignet, nouvelle plus tiède pour votre porte-monnaie et pour la planète. Derrière ce petit ajustement réglementaire se joue un vrai bras de fer entre réparabilité, contraintes de design et lobbying industriel.
On déroule pour vous ce qui change concrètement.

 

Ce que Bruxelles avait mis sur la table

Le règlement européen 2023/1542 avait une ambition simple et plutôt saine. À partir du 18 février 2027, toute batterie portable devra pouvoir se retirer et se remplacer avec des outils du quotidien, un tournevis basique suffisant. Fini les colles impossibles à décoller, la chaleur nécessaire pour ouvrir un boîtier ou les outils propriétaires réservés à la marque.

L’idée est donc d’allonger la durée de vie de nos appareils et dégonfler la montagne de déchets électroniques. Un smartphone dont la batterie fatigue ne devrait plus finir à la benne pour si peu. La montre connectée, elle, semblait logiquement embarquée dans cette cure de réparabilité.

 

Pourquoi la montre connectée passe entre les gouttes

Glisser une trappe à batterie dans un boîtier de trois centimètres, c’est une autre paire de manches. La Commission a retenu deux arguments des fabricants. D’abord la miniaturisation. A l’intérieur d’une montre connectée, tout est empilé au millimètre et une intervention maison risquerait d’abîmer des capteurs fragiles.

Ensuite l’étanchéité, ce petit luxe qui vous laisse nager ou courir sous la pluie sans stress. Une trappe ouvrable facilement, c’est autant de joints qui vieillissent mal et une résistance à l’eau qui s’effrite avec le temps. Les lunettes connectées, les trackers de fitness et même certains jouets électriques profitent de la même dérogation.

 

Le diable se cache dans les petites lignes

Avant de crier à l’abandon du droit à réparer, nous devons nuancer notre analyse. Cet exemption ne rime pas avec une batterie soudée à vie. Le texte impose toujours que la « pile » de votre montre connectée reste amovible et remplaçable, mais par un réparateur professionnel indépendant plutôt que par vos soins sur la table du salon. Un compromis qui protège l’étanchéité tout en gardant une porte de sortie.

Reste que le calendrier n’est pas gravé dans le marbre. Cet acte délégué doit encore passer devant le Parlement et le Conseil européens, avec vingt jours de délai après publication au Journal officiel. Et plusieurs observateurs pointent la pression américaine qui aurait pesé dans la balance.

 

On applaudit ou on grince des dents ?

Difficile de trancher au couteau. D’un côté, imposer une trappe dans un objet aussi compact aurait sans doute rimé avec des montres plus épaisses et moins étanches, pas franchement l’idéal. De l’autre, laisser les fabricants sceller leurs boîtiers, c’est prendre le risque d’entretenir la logique du jetable qu’on cherche justement à combattre. Le vrai test viendra du prix et de la disponibilité des remplacements chez les réparateurs.
Si changer la batterie de sa montre connectée reste hors de prix, l’exemption aura surtout servi les marques.

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