On nous le promet depuis des années : un vélo électrique qui se recharge tout seul en roulant, comme une voiture hybride. À chaque salon, une startup ressort l’idée et à chaque fois la réalité physique rappelle que pousser 20 kilos de biclou ne génère pas la même énergie qu’une berline d’une tonne et demie lancée à 90 km/h.
La société espagnole Niche Mobility relance pourtant le sujet avec son moteur ADTS et cette fois le projet sort enfin du laboratoire pour viser une vraie production industrielle. L’occasion de regarder calmement ce que cette technologie peut vraiment apporter et ce qu’elle ne fera pas.
Un bloc tout-en-un supprime les vitesses
Le cœur du système porte un nom un peu austère : ADTS, pour Automatic Digital Transmission System. Derrière l’acronyme se cache une idée simple. Niche Mobility regroupe dans un seul bloc le moteur, une transmission numérique à variation continue et la gestion électronique, là où un vélo classique aligne dérailleur, plateaux et pignons. Plus de manette de vitesses, plus de cassette : un algorithme ajuste en continu le rapport pour maintenir la cadence de pédalage choisie, en fonction de l’effort fourni et de la pente. La marque résume sa philosophie d’une formule, « Do nothing, just pedal », soit « ne faites rien, pédalez simplement ».
L’unité reste compacte et légère (autour de 4,2 kilos) et se décline en versions de 250 ou 450 watts selon les réglementations visées, avec une batterie de 650 Wh. Le couple annoncé grimpe jusqu’à 120 Nm, une valeur généreuse qui place le moteur dans la catégorie des blocs taillés pour les côtes et les vélos cargo.
Le freinage régénératif, vraie nouveauté ou argument marketing ?
C’est l’élément qui fait parler. Le moteur récupère de l’énergie pendant les phases de freinage et de décélération, puis la réinjecte dans la batterie. La technologie existe depuis longtemps sur les voitures électriques, mais elle reste rare sur le vélo. Certains constructeurs la proposaient déjà, à condition que le cycliste effectue un rétropédalage pour l’activer. L’apport de Niche Mobility tient justement dans l’automatisation complète : aucune action n’est demandée, le système gère seul la résistance au freinage et l’effet de frein moteur dans les descentes.
Reste à garder la tête froide sur les gains réels. Un vélo pèse peu et roule lentement, deux facteurs qui limitent mécaniquement l’énergie récupérable. Le freinage régénératif d’un deux-roues ne remplira pas une batterie comme par magie : il grappille quelques pourcents d’autonomie sur un parcours vallonné, là où les descentes sont nombreuses. L’intérêt se situe autant dans le confort, avec un frein moteur progressif qui ménage les patins, que dans la pure récupération d’énergie.
Présenter cette fonction comme un doublement de l’autonomie relèverait du rêve et Niche Mobility se garde d’ailleurs de telles promesses chiffrées spectaculaires.
Un produit qui n’arrivera pas avant 2027
Niche Mobility, fondée en 2021, en est à la phase de tests terrain et de certification. La production doit démarrer fin 2026 avec le soutien industriel de Copreci, filiale du groupe basque Mondragón, et les premiers vélos équipés ne sont attendus que pour 2027. L’entreprise présente pour l’instant trois configurations de démonstration, Commuter, Cargo et Trekking, destinées à convaincre les fabricants plutôt que les particuliers.
L’argument auprès des marques se comprend bien : un fournisseur unique pour le moteur, la boîte et le logiciel, une intégration simplifiée et un temps d’assemblage réduit d’environ 45 minutes par vélo. Lors du salon Eurobike, plus de 30 marques se seraient montrées intéressées, débouchant sur des pilotes d’évaluation en Allemagne, au Benelux et en France.
Une bonne idée à confirmer sur la route
Le projet de Niche Mobility coche beaucoup de cases séduisantes : simplicité d’usage, entretien réduit, connectivité et cette fameuse récupération d’énergie sans effort. La technologie semble mûre sur le papier et le partenariat industriel avec Mondragón lui donne une crédibilité que bien des startups du secteur n’ont jamais eue.
Il faudra toutefois patienter jusqu’en 2027 pour juger sur pièces, vérifier la fiabilité d’une transmission entièrement numérique dans la durée et in fine mesurer le gain d’autonomie réel plutôt que théorique.
En attendant, l’idée d’un vélo électrique qui se recharge un peu tout seul reste l’une des promesses les plus tenaces et les plus difficiles à tenir de la mobilité douce.



