La Galaxy Watch détectera bientôt Alzheimer : une promesse grandiloquente ?

La Galaxy Watch détectera bientôt Alzheimer : une promesse grandiloquente ?
©Samsung

Samsung a fait sensation au CES 2026 en dévoilant Brain Health, une IA qui surveille votre cerveau depuis votre poignet. Entre espoir médical et questions éthiques, la montre connectée franchit un cap décisif en vous prévenant des premiers signes de déclin de votre cerveau.

 

Une montre qui lit dans votre cerveau (ou presque)

Comment une montre peut-elle prétendre surveiller votre santé mentale ?
Rassurez-vous, Samsung n’a pas inventé un scanner cérébral miniature à glisser au poignet.
Brain Health s’appuie sur un principe plus subtil : l’analyse de vos données de santé existantes. Sommeil agité, rythme cardiaque irrégulier, activité physique en chute libre, autant de signaux que l’intelligence artificielle de Samsung va croiser, analyser et comparer à des milliers de profils pour détecter des patterns inhabituels. Même votre voix pourra être analysée.

Le déclin cognitif ne survient pas du jour au lendemain. Il laisse des traces discrètes dans vos habitudes de vie bien avant que les premiers oublis ne deviennent inquiétants. Un sommeil perturbé de façon chronique, une baisse progressive de votre niveau d’activité, des variations dans votre fréquence cardiaque, tous ces indicateurs, pris isolément, ne signifient peut-être rien. Mais combinés et observés sur plusieurs mois, ils peuvent révéler une tendance inquiétante. C’est tout le pari de Brain Health, repérer ces signaux faibles et vous alerter avant qu’il ne soit trop tard.

Samsung insiste toutefois sur un point crucial : Brain Health n’est pas un outil de diagnostic. Comprenez par là que votre Galaxy Watch ne vous dira jamais « Vous avez Alzheimer ». Elle vous suggérera plutôt de consulter un médecin si elle détecte des anomalies persistantes.
Une nuance importante, surtout quand on sait que la frontière entre prévention et l’hypocondrie peut être mince.

 

Un enjeu de santé publique colossal

Pourquoi Samsung investit autant d’énergie dans ce domaine ?
Parce que les chiffres donnent le vertige. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 55 millions de personnes vivent actuellement avec une démence dans le monde.

Chaque année, ce sont pas moins de 10 millions de nouveaux cas qui s’ajoutent à cette statistique. Et avec le vieillissement de la population mondiale, ces chiffres ne vont faire qu’exploser dans les décennies à venir.

Le vrai drame, c’est que dans l’immense majorité des cas, le diagnostic arrive trop tard. Quand les symptômes deviennent visibles (oublis répétés, désorientation, difficultés à accomplir des tâches simples) le cerveau a déjà subi des dégâts irréversibles. À ce stade, les traitements disponibles ne peuvent que ralentir la progression de la maladie, pas l’inverser. D’où l’importance cruciale de la détection précoce : plus on intervient de façon précoce et plus on a de chances de préserver les capacités cognitives.

Brain Health s’inscrit dans cette logique de prévention. Samsung a développé ses algorithmes en collaboration avec des experts médicaux en s’assurant que les critères de détection reposent sur des bases scientifiques solides. L’objectif est de transformer votre montre en sentinelle discrète, capable de vous prévenir avant que les choses ne se gâtent vraiment.

 

L’espoir technologique… et ses zones d’ombre

Sur le papier, l’initiative de Samsung est louable. Démocratiser l’accès à une technologie de prévention qui, jusqu’ici, nécessitait des examens médicaux coûteux et peu accessibles, est une avancée indéniable. Plutôt que d’attendre d’avoir des symptômes pour aller voir un neurologue, vous pourriez recevoir une alerte sur votre montre vous incitant à prendre rendez-vous avant que les choses ne s’aggravent.

Cette innovation soulève aussi pas mal de questions. La première est évidemment la fiabilité.
Votre smartwatch peut-elle vraiment faire un diagnostic aussi précis ?
Les algorithmes de Samsung, aussi sophistiqués soient-ils, ne remplaceront jamais l’œil d’un médecin formé pendant des années.

Et que se passe-t-il si la montre se trompe ? Imaginez recevoir une alerte vous suggérant de consulter pour un risque de démence, alors que vous êtes juste en période de stress intense au travail. Le résultat ? Une angoisse monumentale et possiblement inutile.

Samsung a bien compris le problème, d’où leur insistance sur le fait que Brain Health n’est pas un outil de diagnostic. Mais soyons honnêtes : quand votre montre vous balance une notification inquiétante, votre cerveau ne fait pas la distinction entre « alerte préventive » et « diagnostic médical ». La frontière est floue, et le risque de psychose est bien réel.

 

Vos données « cérébrales », le nouvel or noir ?

Autre sujet épineux : la vie privée.
On parle ici de données ultra-sensibles. Les informations sur votre sommeil, votre rythme cardiaque, vos habitudes d’activité, c’est déjà assez personnel. Mais quand ces données sont utilisées pour évaluer votre santé mentale, on franchit un cap.
Qui a accès à ces informations ? Sont-elles stockées localement sur votre montre, ou envoyées sur les serveurs de Samsung ?
Et si demain une compagnie d’assurance décidait qu’elle veut avoir accès à ces données avant de vous couvrir ?

Samsung n’a pas encore détaillé tous les aspects relatifs à la confidentialité de Brain Health. Mais l’histoire récente des objets connectés nous a appris à rester vigilants. Les données de santé sont une mine d’or pour les entreprises et la tentation de les exploiter — même avec les meilleures intentions du monde — est toujours là.

À mon sens, c’est là que réside le vrai défi de ce type de technologie. Non pas dans sa capacité à détecter des signaux précoces de déclin cognitif — là-dessus, les progrès de l’IA sont indéniables — mais dans la manière dont elle sera encadrée, régulée et protégée contre les dérives.

Si Brain Health devient un outil de surveillance médicale sans garde-fous, on risque de se retrouver dans un monde où votre montre en sait plus sur votre santé mentale que vous-même et où cette information pourrait être utilisée contre vous.

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La montre connectée devient un outil médical

Ce qui est fascinant avec Brain Health, c’est que ça marque un tournant dans l’évolution des objets connectés. On est loin, très loin de l’époque où votre montre se contentait de compter vos pas et de vous rappeler de vous lever toutes les heures. Aujourd’hui, les wearables s’aventurent sur le terrain de la santé préventive et Samsung n’est pas le seul à s’y essayer. Apple surveille déjà votre électrocardiogramme et peut détecter une fibrillation auriculaire. Withings analyse votre sommeil et vous alerte en cas d’apnée.

L’escalade à l’innovation est donc de mise pour se différencier et Samsung décide de passer à la vitesse supérieure en s’attaquant au cerveau.
L’atout de Samsung : cette technologie ne nécessite aucun matériel supplémentaire puisqu’elle repose intégralement sur une IA. Si vous possédez déjà une Galaxy Watch récente, une simple mise à jour logicielle pourrait suffire à activer Brain Health. Pas besoin d’investir dans un appareil médical coûteux ou de prendre rendez-vous dans un centre spécialisé. Votre montre portée quotidiennement devient votre outil de dépistage. C’est ça, la vraie révolution : l’accessibilité.

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La montre connectée devient un outil médical

Et maintenant, on fait quoi ?
Brain Health n’est pas encore disponible. Samsung n’a donné aucune date de lancement précise lors du CES 2026, se contentant d’annoncer que la fonctionnalité arriverait « prochainement ». On peut s’attendre à ce qu’elle soit d’abord déployée aux États-Unis, où les régulations en matière de santé connectée sont plus souples, avant d’arriver sur les terres européennes.
En attendant, la question reste ouverte : est-ce que vous voudriez que votre montre surveille votre cerveau ?

Ce qui est sûr, c’est que Samsung vient de franchir une ligne. Les objets connectés ne se contentent plus de nous accompagner au quotidien : ils veulent nous protéger, nous prévenir, nous guider. Et si cette évolution est porteuse d’espoir pour des millions de personnes, elle nous oblige aussi à réfléchir aux limites que nous voulons — ou non — imposer à la technologie. Parce qu’entre une montre utile et une montre intrusive, la frontière est parfois plus fine qu’on ne le pense.

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