Wandercraft Eve : l’Europe se lève avec l’exosquelette

Wandercraft Eve : l'exosquelette qui tient debout tout seul
© Wandercraft

Douze moteurs. Quatre heures d’autonomie. Une vitesse de pointe de 0,25 mètre par seconde, soit moins d’un kilomètre à l’heure. Chez Wandercraft, la vitesse n’a jamais été le sujet. Le sujet, c’est de quitter son fauteuil pour partager un repas en famille et parler à ses proches les yeux dans les yeux.

La société parisienne vient d’obtenir le marquage CE pour Wandercraft Eve, son exosquelette personnel. Commercialisé aux États-Unis depuis le 17 septembre, après un feu vert de la FDA cet été, Eve peut désormais entrer dans les foyers européens. Longtemps réservée aux centres de rééducation, cette technologie passe la porte du salon.

 

L’exosquelette Eve tient l’équilibre à votre place

La plupart des exosquelettes de marche ont un point commun : des béquilles. L’utilisateur gère son équilibre avec les bras. Ses mains sont occupées et il lui faut une bonne force du haut du corps.
Eve fait autrement. Ses douze moteurs, répartis entre les hanches, les genoux et les chevilles, travaillent avec des capteurs qui lisent en permanence la posture et l’environnement. L’exosquelette corrige lui-même ses appuis, à l’arrêt comme en mouvement.

Résultat : les mains restent libres. Pour attraper une tasse en haut d’un placard, remuer une sauce ou serrer quelqu’un dans ses bras. Ce savoir-faire vient d’Atalante X, le modèle de rééducation de la marque, marqué CE dès 2019 et présent dans plus de 150 centres. Wandercraft parle d’intelligence artificielle physique pour désigner ses algorithmes d’équilibre. Le terme est à la mode. Il recouvre ici une décennie d’ingénierie bien réelle.

 

Un pilotage taillé pour chaque main

Eve s’enfile comme une veste rigide. Des sangles maintiennent le torse, la taille, les cuisses, les jambes et les pieds. Un appui-tête, des accoudoirs et une barre de sécurité frontale protègent la tête, le cou et le haut du corps. À l’arrière, une poignée permet à l’accompagnant d’intervenir.

Côté commandes, Wandercraft propose trois options : une manette standard, une poignée en forme de champignon et un joystick en U. Le choix dépend de la mobilité des mains de chacun. Depuis cette commande, l’utilisateur s’assoit, se lève, avance, recule, pivote ou fait un pas de côté.

L’exosquelette est réglé selon la taille, la longueur des jambes et la souplesse des articulations. Aux États-Unis, il est même fabriqué sur mesure pour chaque utilisateur, dans la limite de 100 kg et 1,94 m. Une application connectée suit les séances, affiche les progrès et garde le lien avec l’équipe d’accompagnement.

 

Une marche d’intérieur, avec un accompagnant

Eve n’est pas conçu pour avaler le trottoir. Aux États-Unis, son usage se limite aux sols plats et secs, en intérieur ou sur une terrasse attenante au logement. Pas d’escalier, pas de rampe, pas de pente, pas de foule. Wandercraft présente d’ailleurs Eve comme un complément au fauteuil roulant, pas comme son remplaçant.

L’autonomie a aussi ses conditions. Un accompagnant formé doit être présent à chaque utilisation. Avant la livraison, l’utilisateur et son proche suivent un programme guidé : prise en main, transferts, marche en intérieur, procédures de sécurité. Outre-Atlantique, la formation tient en cinq séances de deux heures, bouclées en une semaine environ.

Le marquage CE ouvre une porte plus large que l’autorisation américaine. La FDA a validé Eve pour les blessés médullaires. En Europe, Wandercraft vise les adultes atteints de paraplégie, de tétraplégie ou d’hémiplégie, ainsi que leurs formes partielles, quelle qu’en soit la cause. Une personne hémiplégique après un AVC, par exemple, entre dans le périmètre.

 

Wandercraft passe à la vitesse supérieure

Eve arrive dans une année chargée pour la marque. Le 1er octobre, Wandercraft a annoncé le rachat de l’américain Ekso Bionics, un concurrent historique. Ses exosquelettes de rééducation, Atalante X et EksoNR, équipent désormais plus de 700 centres dans le monde. Le 5 octobre, un nouveau siège parisien a ouvert ses portes. Il réunit recherche, production et maintenance.

En parallèle, l’entreprise développe Calvin-40, un robot humanoïde destiné à l’industrie. Douze grands comptes ont signé en moins d’un an. Renault prévoit d’en déployer 350 dans ses usines à partir de 2027. Le savoir-faire qui fait tenir debout un être humain sert maintenant à équilibrer des robots.

 

Debout, mais pas encore partout

Wandercraft Eve concrétise une promesse que la marque porte depuis plus de dix ans. L’équilibre automatique et les mains libres le distinguent nettement des exosquelettes à béquilles.
Les limites d’usage restent strictes et l’accompagnant obligatoire pèsera dans l’organisation du quotidien.
Reste la question qui fâche : le prix.

Wandercraft ne l’a pas communiqué pour l’Europe et la prise en charge en France n’est pas encore détaillée. En 2019, la marque visait le prix d’une petite voiture. Aux États-Unis, une voie de remboursement par Medicare est prévue. Les personnes intéressées peuvent déjà lancer une démarche via le formulaire du site de Wandercraft.

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