Depuis le 20 octobre, le réseau qui a fait sonner les premiers mobiles français s’est tu. Lancé en 1992 sous le nom d’Itinéris, le GSM d’Orange a été éteint dans les 43 derniers départements métropolitains, Paris compris, après 34 ans de service. Pour la plupart d’entre nous, rien ne change : nos smartphones vivent en 4G et en 5G depuis longtemps. Mais derrière les téléphones, il y a tous ces boîtiers discrets qui se contentaient de la 2G, et qui peuvent se retrouver muets sans prévenir.
Un réseau qui s’éteint par vagues
L’arrêt s’est fait par étapes : le Sud-Ouest au printemps, Nice le 22 septembre, 44 départements le 6 octobre, puis la dernière vague le 20 octobre, avec notamment Lille, Bordeaux, Lyon, Grenoble et Rouen. Quelques antennes en zones blanches réglementaires gardent la 2G jusqu’à une coupure définitive prévue entre le 1er et le 15 décembre 2026, en raison du partage de fréquences entre opérateurs.
SFR et Bouygues Telecom suivent : leur 2G doit disparaître d’ici la fin de l’année 2026. Free n’a jamais déployé de 2G propre et s’appuyait sur l’itinérance chez Orange, ce qui rend ses abonnés concernés de la même façon. La 3G d’Orange, elle, tiendra jusqu’en 2028.
1,7 million de cartes SIM qui ne parlent que 2G
Le chiffre vient de l’observatoire de l’Arcep : fin juin 2026, 1,7 million de cartes SIM actives se trouvaient dans des terminaux uniquement compatibles 2G, soit 41,4 % de moins en un an. La baisse est nette, mais le stock restant n’a rien d’anodin, car il se compose d’appareils installés il y a quinze ou vingt ans et oubliés dans un coin.
On y trouve des téléphones de base, utilisés par des personnes qui n’ont jamais voulu de smartphone, mais aussi des alarmes et bracelets connectés, des systèmes de téléassistance médicale, des alarmes d’ascenseur et des terminaux de paiement, par exemple dans les transports publics. D’après Mac4ever, les anciens mobiles à clapet ne pourront plus passer d’appels ni envoyer de SMS, y compris vers les numéros d’urgence.
Le piège : une panne qui ne dit rien
C’est le point qui doit nous alerter. Un objet connecté qui dépend de la 2G ne tombe pas forcément en panne de façon visible. Une alarme d’ascenseur, par exemple, ne signalera son silence qu’au moment où une personne coincée appuiera sur le bouton. Une téléalarme peut continuer à afficher un voyant vert alors que son lien avec la centrale est rompu.
Pour l’instant, les retours restent limités : l’Arcep évoque un cas à Bayonne, sur des terminaux de paiement dans les transports, résolu rapidement par Orange, et l’association Avicca n’a remonté aucun bug majeur. Orange affirme par ailleurs avoir prévenu les professionnels et les derniers clients concernés par des messages vocaux. Reste que personne ne sait ce qu’on ne mesure pas.
Quoi vérifier et auprès de qui
Côté téléphone, un modèle récent qui passe ses appels en VoLTE n’a rien à craindre. Un appareil ancien mérite un test : appelez-vous depuis lui, et recevez-vous des SMS ? Pour une téléalarme, un système d’alarme ou une télésurveillance, le plus simple est de contacter le prestataire et de lui demander explicitement si l’équipement a été migré vers la 4G. Un remplacement complet n’est pas toujours nécessaire, certains modules de communication peuvent être changés seuls. Si un proche âgé dépend d’un bouton d’urgence, appuyez dessus avec lui pour vérifier que la centrale répond.
En cas de problème, il n’existe pas de guichet unique : les signalements passent par la plateforme « J’alerte l’Arcep » ou directement par l’opérateur.
Un coup de fil à passer avant Noël
La 2G aura disparu de la métropole d’ici les fêtes et les opérateurs ne rappelleront pas chacun individuellement.
Une vérification de dix minutes aujourd’hui, sur la téléalarme de vos parents, l’alarme du garage ou l’interphone de l’immeuble, vaut mieux qu’une découverte au pire moment. Nous reviendrons sur le sujet quand SFR et Bouygues auront annoncé leurs dates définitives.



